Est-ce que le parti de gauche radicale Syriza forme un mouvement emblématique pour toute l'Europe? Il s'agit de la formule employée par David Harvey, géographe marxiste de renom, dans une entrevue accordée récemment au quotidien du parti de gauche radicale, Syriza. C'est à travers cette même question que nous allons tenter d'analyser la récente élection en Grèce.
Ce qui est notable, du point de vue des résultats de la dernière élection du 17 juin, est la très grande polarisation politique, et géographique, atteinte au niveau des résultats du scrutin, en Grèce. Bien que l'ensemble des partis anti-austérité aient récolté plus de 50% des votes, ces derniers ne formeront pas le prochain gouvernement grec. Au niveau des résultats électoraux en Grèce, il faut noter que Syriza est arrivé en seconde place aux élections, pendant que ND (droite) arrivait premier, et que le PASOK (centre-droit) était bon troisième. ND et le PASOK ont donc pu former un gouvernement avec l'aide de Gauche démocratique (centre), une petite formation peu connue. Cette dernière est en principe anti-austérité mais son objectif principal semble le maintien de la Grèce dans la zone euro.
Ainsi, on note une cristallisation,une montée rapide et un tassement du vote des formations issues de la coalition de la « nouvelle » gauche radicale, à travers Syriza, et cela en opposition à la vieille sociale-démocratie mourante du PASOK. Rappelons que Syriza est passé de 5% du vote à environ 28% en à peine deux scrutins électoraux.
D'un point de vue européen, nous pouvons noter l'existence d'un mouvement semblable, entre autres en ce qui concerne les Pays-Bas et la France. En Hollande, le SP est en voie de prendre du galon, pendant que le PdvA, la social-démocratie au pouvoir, est, selon les derniers sondages en train de perdre des plumes. Pour ce qui est de la France, le PS, contrôle désormais la majorité absolue au gouvernement et au Sénat. D'un autre côté, l'émergence du Front de Gauche, autour du Parti de Gauche et du PCF, bien que récente a de quoi questionner.
À défaut de former une lame de fond, la montée de « fronts de gauche » semble une tendance émergente, dans au moins trois pays européens, soit – pour l'instant - la Grèce, la France et les Pays-Bas.
En ce qui concerne l'émergence de partis sur une ligne « anti-capitaliste », ces derniers se définissent contre le capitalisme plutôt que de se définir par la positive et de faire preuve de propositions. En ce sens, il peut s'agir d'un recul par rapport à un positionnement socialiste. De tels projets anti-capitalistes existent en France, avec le NPA, en Allemagne, avec l'AKL et en Grèce, avec Antarsia. Il ne semble pas s'agir d'un succès probant jusqu'ici. D'un point de vue empirique, le choix à faire entre la formation d'un « pôle anti-capitaliste » et une stratégie de visant à former des « fronts de gauche » et coalitions de formations de gauche semble avoir favorisé cette dernière .
En conclusion, nous pouvons dire que Syriza bien que formant un exemple intéressant d'alternative au pouvoir néo-libéral, ne forme pas pour l'instant un mouvement emblématique pour l'Europe. Reste à voir quel rôle Syriza pourra jouer dans l'organisation d'une contre-offensive populaire opposée aux réformes d'austérité imposées aux peuples.
Par Richard d'AS Québec